Léo Ferré le chantait déjà il y a fort longtemps « Et n´allez pas confondre et l´effet et la cause ». Or, dans le retour que nous font les médias sur le rôle de la grande muette dans le succès olympique suisse, c’est exactement ce qui se produit.
Les différents coachs et membres d’encadrement (voir ici par exemple) dans le domaine du sport souligne le rôle important de l’armée, lui attribuant une partie du mérite.
Mais si l’armée n’est pas totalement étrangère à ces succès, le système qui permet l’entraînement des athlètes de haut niveau a de quoi interroger. En effet, il existe des « soldat·e·s sportif·ve·s » qui sont donc là pour s’entraîner au plus haut niveau. L’existence d’une telle troupe n’est due, à mon avis, qu’à la conscription obligatoire. En effet, même chez nos têtes dures de l’armée, il a fini par devenir évident à un certain stade que plutôt que d’employer des sportifs de haut niveau comme fantassin, il valait mieux les employer pour le sport. Il y a plusieurs raisons logiques à cela: comme le risque de blessures/d’accidents n’est plus lié à des gradés plus ou moins idiots, ces hommes sont prêts à s’engager; on leur offre des conditions avantageuses: faire leurs jours en exerçant leur métier; en contrepartie, l’image de l’armée est embellie et elle « sert à quelque chose ».
Et à force de pressions de part et d’autres, on a ouvert la même option aux femmes. C’était là aussi assez logique: le système mis en place pour les hommes avait fourni des résultats probants, la place de la femme avait évolué, il n’y avait pas de raison de ne pas leur offrir la même chose.
L’obstacle majeur quant à l’intelligence ce système est politique: est-ce vraiment le rôle d’une armée d’offrir ce type de service à une partie infime de la population? S’il est normal que l’armée entraîne une élite militaire, qui peut aussi être une élite sportive, il est pour le moins surprenant que de permettre à des athlètes suisses de briller au plus haut niveau soit du ressort de l’armée. D’autant plus que l’encadrement qui permet cela est assuré par les coachs et techniciens usuels et non pas par des cadres de l’armée qui auraient des compétences dans le domaine du sport.
Ainsi, s’il me semble assez évident qu’une armée peut former un excellent personnel médical en chirurgie (ce que l’armée suisse ne fait d’ailleurs pas), je peine à comprendre comment sa mission peut être de permettre à des athlètes de s’illustrer, par exemple, en VTT. Et si l’aspect « patriotique » d’une armée se retrouve aussi dans le sport de haut niveau (défendre (les couleurs de) la Suisse), cela est trop court pour justifier le système actuel. Idem pour les valeurs de discipline, de rigueur et la place donnée au sport.
En réalité, le système qui serait le plus logique serait celui d’un centre (ou plusieurs) d’élite civil, avec des conditions plus ou moins strictes d’accès, permettant de faire exactement la même chose. Mais évidemment, cela ne servirait pas les intérêts de l’armée, qui est l’héritière d’un système qui ne doit probablement son existence qu’au service obligatoire. Rien ne devrait, par exemple, empêcher un·e athlète de faire du service civil et de disposer des mêmes conditions.
L’obstacle à ce changement est politique: aucune volonté de changer un système qui fonctionne; attachement à la tradition militaire; idée absurde que liée au service obligatoire ce type d’entraînement permet d’éviter les « dangereux étrangers fainéants », etc.
Je n’attend pas des personnes interrogées qu’elles crachent dans la soupe, mais rien ne les oblige à promouvoir un système que l’on pourrait aisément remplacer. Mais évidemment, cela voudrait dire accepter que l’on puisse servir le pays sans passer par la case « armée », et ça, ce n’est pas à l’ordre du jour politique. Dommage!